Le samedi 23 mai 2026, l’Espace Culturel le Feelings a servi de cadre à un important masterclass animé par le consultant culturel Aboudou Dabo Dabs autour du thème : « Musique moderne du Burkina Faso sous la Révolution de Thomas Sankara : état des lieux, dynamisme et impacts ». Devant des artistes, chercheurs, promoteurs culturels et passionnés de musique, le spécialiste a replongé le public dans l’histoire de la musique moderne burkinabè, depuis la période coloniale jusqu’aux années révolutionnaires.

Avant d’aborder la période révolutionnaire, Aboudou Dabo Dabs est revenu sur les origines de la musique moderne burkinabè. Selon lui, tout commence en 1948 avec la création de l’orchestre mythique L’Harmonie Voltaïque, considéré comme le groupe fondateur de la musique moderne nationale.
« Au lendemain de la reconstitution de la Haute-Volta en 1948, le Gouverneur autorisa Antoine Ouédraogo dit Borfo à créer le premier groupe musical burkinabè baptisé L’Harmonie Voltaïque », a expliqué le conférencier.
Ce groupe va notamment populariser des titres emblématiques comme Sogo Menga ou encore Waogdog ya noogo, ouvrant ainsi la voie à toute une génération d’orchestres et d’artistes. De nombreuses formations musicales verront ensuite le jour, parmi lesquelles Eco Volta, Super Volta, Volta Jazz, Dafra Star, les Prophètes, Suprêmes Kombemba, Afro Soul System, Faso Daba ou encore l’Orchestre CVD.

Cette dynamique donnera naissance à plusieurs figures majeures de la musique burkinabè comme Amadou Balaké, Georges Ouédraogo, Issouf Compaoré, Sotigui Kouyaté, Sandwidi Pierre, Tidiane Coulibaly ou encore Abdoulaye Bassavé.
Abordant la période révolutionnaire, Aboudou Dabo Dabs a rappelé que la politique culturelle tirait ses fondements du Discours d’Orientation Politique (DOP), qui faisait de la culture un outil d’émancipation populaire.
Cependant, certaines décisions prises durant cette période ont eu des conséquences importantes sur l’industrie musicale. Le couvre-feu, la baisse du prix des tickets de bals populaires et la disparition progressive des orchestres professionnels vont ralentir considérablement la professionnalisation du secteur.
« Les nombreux orchestres autrefois engagés dans la création se sont désintégrés au profit de formations davantage tournées vers l’animation populaire », a-t-il souligné.
Selon lui, cette situation a favorisé l’exil de plusieurs artistes vers la Côte d’Ivoire ou l’Europe, tandis que les musiques étrangères occupaient progressivement les espaces de diffusion locaux.

Malgré ces difficultés, la Révolution a également permis la création de nombreux orchestres de corporations et d’ensembles nationaux, parmi lesquels les Colombes de la Révolution, les Petits Chanteurs aux Poings Levés ou encore l’Orchestre Philharmonique Traditionnel.
L’État révolutionnaire investira aussi dans plusieurs infrastructures culturelles, avec la création du BBDA, la construction de salles de cinéma, de théâtres populaires et l’organisation de grands événements comme la SNC, le FESPACO ou le SIAO.
Sur le plan discographique, plusieurs albums marqueront cette période, notamment ceux de Roger Wango, Dim Jérémie, Bakary Dembélé, Sandwidi Pierre ou encore Dési et les Sympas, seul groupe à avoir installé un véritable studio d’enregistrement durant la Révolution.
Le masterclass s’est achevé par un voyage musical retraçant les grandes œuvres des années révolutionnaires ainsi qu’une réflexion sur les impacts de cette période sur la dynamique musicale actuelle du Burkina Faso.
✍️ Parfait Fabrice SAWADOGO
Journaliste Culturel – Infos Culture du Faso



