À l’occasion de la Journée mondiale de la photographie, célébrée le 19 août 2026, Infos Culture Du Faso braque l’objectif sur Kindo Ouindemi Cheick Aboubacar Sidick.
Photographe professionnel et fondateur de Mix Photography, ce Burkinabè de 30 ans, titulaire d’un diplôme de technicien supérieur en génie civil, a quitté le secteur du Bâtiment et des Travaux publics pour se consacrer pleinement à la photographie. Lauréat du 12ᵉ PCA dans la catégorie du meilleur photographe, il revient sur son parcours, la naissance de Mix Photography, les défis du métier au Burkina Faso, l’évolution de la photographie et ses ambitions dans le cinéma et le documentaire.

Infos Culture Du Faso : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Kindo Ouindemi Cheick Aboubacar Sidick : Je me nomme Kindo Ouindemi Cheick Aboubacar Sidick. J’ai 30 ans et je suis photographe.
Infos Culture Du Faso : Vous êtes titulaire d’un Bac+2 en génie civil. Pourquoi avoir choisi cette filière et que vous a-t-elle apporté ?
Kindo Ouindemi Cheick Aboubacar Sidick : Depuis tout petit, mon rêve était de devenir architecte, parce que j’aimais beaucoup dessiner. Je reproduisais sur papier, avec mon stylet, tout ce que je voyais. Cette passion me permettait également de gagner un peu d’argent. En évoluant dans cette pratique, j’ai voulu devenir architecte afin de dessiner les plans des maisons pour les gens.

Infos Culture Du Faso : Comment êtes-vous passé du génie civil à la photographie ? Qu’est-ce qui a déclenché cette passion ?
Kindo Ouindemi Cheick Aboubacar Sidick : Mon rêve de devenir architecte n’a malheureusement pas pu se réaliser, faute de moyens. J’ai alors opté pour le Bâtiment et les Travaux publics (BTP), en pensant pouvoir continuer dans le domaine du dessin, mais cela ne s’est finalement pas passé comme prévu.
Après avoir obtenu mon diplôme de Technicien supérieur en génie civil, j’ai décroché un contrat de travail avec une entreprise à Bobo-Dioulasso, où j’ai travaillé pendant près d’une année dans les travaux publics sur le terrain. J’ai notamment participé aux travaux de clôture du camp Ouezzin-Coulibaly.
Ma passion pour la photographie est née progressivement. J’aimais beaucoup retoucher les photos avec mon téléphone lorsque je photographiais mes amis, et ils appréciaient mon travail. Lors de mes déplacements entre Bobo-Dioulasso et Ouagadougou, je venais parfois passer quelques jours à Ouagadougou. Un ami, qui travaillait également dans le domaine technique, faisait de la photographie pendant son temps libre.
Un jour, alors que j’étais rentré à Ouagadougou pour les fêtes de fin d’année en famille, cet ami avait besoin d’un assistant photographe pour couvrir un événement. Je l’ai accompagné sans vraiment réfléchir.
À la fin de son travail, pendant qu’il discutait avec le client, j’ai pris son appareil photo et j’ai commencé à prendre quelques photos, notamment des clichés spontanés. Les images étaient bien cadrées. Il m’a alors demandé si j’avais l’habitude de photographier avec un appareil professionnel. Je lui ai répondu que c’était la première fois, mais que ma manière de cadrer était certainement liée à mon expérience dans le domaine de l’architecture et du dessin.
Après environ deux heures d’assistance, il m’a remis 5 000 FCFA. Durant mon séjour, j’ai travaillé trois fois avec lui et j’ai gagné 15 000 FCFA. Cette expérience m’a amené à réfléchir sérieusement à la photographie. Je me suis dit que je pouvais peut-être en faire un métier, car je constatais que je pouvais travailler autrement tout en étant rémunéré.
J’ai finalement démissionné de mon emploi dans le BTP pour revenir travailler avec mon ami et me consacrer à la photographie. C’est ainsi que j’ai progressivement intégré ce métier et que je suis aujourd’hui dans ce domaine.

Infos Culture Du Faso : Vous avez été sacré meilleur photographe au 12ᵉ PCA. Que représente cette distinction pour vous et pour Mix Photography ?
Kindo Ouindemi Cheick Aboubacar Sidick : Le 12ᵉ PCA représente pour nous le fruit d’un travail acharné au sein de Mix Photography. Cette distinction prouve que le travail que nous accomplissons est suivi et apprécié. Elle nous encourage surtout à faire davantage et à proposer un travail encore meilleur que les années précédentes.
Infos Culture Du Faso : Comment est née Mix Photography et quelle est la vision qui guide cette structure ?
Kindo Ouindemi Cheick Aboubacar Sidick : Mix Photography est née tout simplement d’une idée. Je travaillais déjà avec quelqu’un et, après avoir acquis environ deux années d’expérience, je me suis dit : pourquoi ne pas créer ma propre structure et travailler dans le domaine de l’événementiel ?
Un jour, je me suis réveillé avec cette idée, j’ai créé un logo et j’ai décidé de travailler en solo. C’était en mars 2023.
Aujourd’hui, la vision de Mix Photography dépasse le cadre national. Nous souhaitons, dans le futur, nous développer davantage et travailler également dans la réalisation de clips vidéo, de documentaires et de productions cinématographiques.

Infos Culture Du Faso : En cette Journée mondiale de la photographie, quel regard portez-vous sur l’évolution de la photographie au Burkina Faso ?
Kindo Ouindemi Cheick Aboubacar Sidick : La photographie au Burkina Faso est aujourd’hui à un niveau très intéressant. Beaucoup de photographes émergent et cela permettra au Burkina Faso de se faire davantage connaître dans ce domaine, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.
Nous avons de très bons photographes ici, et la situation a beaucoup évolué par rapport aux années précédentes. Avant, des photographes venant de pays développés étaient parfois sollicités pour couvrir certains de nos événements. Aujourd’hui, nous disposons de professionnels burkinabè capables de réaliser ce travail avec beaucoup de qualité.
Infos Culture Du Faso : Selon vous, quels sont les principaux défis auxquels les photographes burkinabè sont confrontés aujourd’hui ?
Kindo Ouindemi Cheick Aboubacar Sidick : Nous sommes confrontés à pas mal de défis. Le premier concerne le coût élevé du matériel photographique. Les appareils, les objectifs, les accessoires et les équipements nécessaires à notre travail sont très chers.
Il y a également une mauvaise perception du coût de nos prestations. Certaines personnes pensent que nous demandons des prix élevés alors qu’il s’agit simplement de « faire quelques clics ». Dans certains événements, il arrive même que des photographes ne soient pas rémunérés, sous prétexte qu’il existe une relation personnelle avec l’organisateur.
Le photographe est encore parfois minimisé au Burkina Faso. Il est souvent placé au dernier rang dans l’organisation d’un projet, d’un mariage ou d’un événement. Pourtant, une fois l’événement terminé, ce sont les photographies qui permettent d’en conserver les souvenirs. Il arrive même que l’on pense au photographe le jour même de l’événement.
Nous avons également des difficultés d’accès à certains lieux, alors que nous avons besoin d’y être pour réaliser correctement notre travail.
Je peux prendre l’exemple des photographies que j’ai réalisées du stade du 4-Août pendant sa rénovation. Je m’y étais rendu pour réaliser des images afin d’apporter ma contribution en tant que jeune photographe. À l’entrée, on m’a refusé l’accès au motif que des journalistes et des photographes professionnels se trouvaient déjà à l’intérieur.
J’ai demandé simplement cinq minutes pour pouvoir réaliser quelques images pour ma page, puisque j’étais venu de loin. On m’a demandé d’attendre que les autres terminent. Je suis donc resté sur place de 15 heures à 17 h 30 avant de pouvoir entrer et réaliser les images de la pelouse et des gradins.
Ces photographies ont ensuite circulé à l’international. Le ministère des Sports les utilise notamment pour ses affiches et ses annonces. Lorsque le ministère souhaite montrer ce joyau, ce sont parfois mes images qui sont utilisées. Pour moi, cela démontre qu’il faut donner aux jeunes photographes l’occasion de contribuer.

Infos Culture Du Faso : Quels sont les services proposés par Mix Photography et en quoi votre structure se distingue-t-elle des autres ?
Kindo Ouindemi Cheick Aboubacar Sidick : Mix Photography propose plusieurs services, notamment la photographie, l’infographie et la vidéographie.
Notre particularité repose principalement sur trois éléments : la rapidité, la qualité du travail et le respect des délais d’exécution. Nous accordons beaucoup d’importance à la satisfaction de nos clients et au respect de nos engagements.
Infos Culture Du Faso : La photographie est souvent considérée comme un puissant moyen de raconter des histoires. Comment intégrez-vous cette dimension dans vos réalisations ?
Kindo Ouindemi Cheick Aboubacar Sidick : Comme j’aime souvent le dire, une seule photographie peut raconter beaucoup plus d’histoires qu’une vidéo. Une image bien réalisée peut transmettre une émotion, raconter une situation et permettre à celui qui la regarde de comprendre beaucoup de choses sans avoir besoin de longues explications.

Infos Culture Du Faso : Les nouvelles technologies, notamment l’intelligence artificielle, transforment le métier. Comment Mix Photography s’adapte-t-elle à ces évolutions ?
Kindo Ouindemi Cheick Aboubacar Sidick : Pour moi, l’intelligence artificielle a toujours existé sous différentes formes. Aujourd’hui, elle est simplement beaucoup plus développée. Je ne dirais pas forcément qu’elle transforme notre métier ; elle apporte plutôt un plus à ce que nous savions déjà faire.
Il faut donc savoir utiliser ces nouveaux outils comme des moyens supplémentaires pour améliorer notre travail, tout en conservant notre savoir-faire et notre créativité.
Infos Culture Du Faso : Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui souhaitent faire carrière dans la photographie professionnelle ?
Kindo Ouindemi Cheick Aboubacar Sidick : Aux jeunes qui souhaitent embrasser cette carrière, je conseille d’avoir de la discipline, de la patience et de la persévérance.
Il faut également être ponctuel dans ses rendez-vous et respecter les délais de livraison des photographies. Dans ce métier, la qualité du travail est importante, mais le sérieux, la ponctualité et le respect des engagements sont également essentiels pour gagner la confiance des clients.

Infos Culture Du Faso : Quels sont les projets de Mix Photography à court et à long terme ?
Kindo Ouindemi Cheick Aboubacar Sidick : Cette question rejoint notre vision. Pour le moment, nous cherchons les moyens nécessaires pour nous ouvrir davantage au monde du cinéma et du documentaire.
Notre ambition est de faire évoluer progressivement Mix Photography vers la réalisation de clips vidéo, de documentaires et, à terme, de projets cinématographiques. Nous voulons continuer à apprendre, à nous former et à nous donner les moyens de franchir ces nouvelles étapes.
Infos Culture Du Faso : À l’occasion de la Journée mondiale de la photographie 2026, quel message souhaitez-vous adresser aux photographes, aux passionnés d’images et au grand public ?
Kindo Ouindemi Cheick Aboubacar Sidick : En cette Journée mondiale de la photographie 2026, mon message s’adresse à tous ces acteurs qui travaillent souvent dans l’ombre et qui se battent jour et nuit pour rehausser l’image du Burkina Faso aux yeux du monde entier.
Je leur adresse mes sincères félicitations pour le travail accompli et je leur dis que chacun doit être un VDP dans son domaine, dans son travail, afin de contribuer, à son niveau, à l’atteinte des objectifs du pays.
La Patrie ou la Mort, nous vaincrons.
Propos recueillis par Parfait Fabrice SAWADOGO
Infos Culture Du Faso



