À l’occasion de la Journée mondiale de la photographie, célébrée le 19 août 2026, Infos Culture Du Faso tend son micro à Christiane Marie Flora Younga. Artiste photographe et passionnée de culture, elle fait des aînés les gardiennes de la mémoire et des cauris les symboles d’un héritage à préserver.
Dans cet entretien, elle revient sur son parcours, sa vision de la photographie, son engagement pour la sauvegarde des mémoires culturelles et ses ambitions artistiques.

Infos Culture Du Faso : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et nous parler de votre parcours en tant qu’artiste photographe ?
Christiane Marie Flora Younga : Je suis Christiane Younga, artiste photographe. La photographie est pour moi bien plus qu’une technique : c’est un moyen de regarder le monde, de m’y arrêter et de raconter ce que d’autres ne prennent pas toujours le temps de voir. Mon parcours s’est construit autour d’une conviction simple : chaque image porte une mémoire et il est de ma responsabilité de la saisir avant qu’elle ne disparaisse.
Infos Culture Du Faso : Qu’est-ce qui vous a amenée à choisir la photographie comme moyen d’expression artistique ?
Christiane Marie Flora Younga : La photographie m’a permis de dire ce que les mots seuls ne suffisent pas toujours à exprimer. Elle capture un instant, un regard, une émotion et les fige pour qu’ils traversent le temps. C’est cette capacité à figer l’éphémère qui m’a attirée, particulièrement lorsqu’il s’agit de préserver des pans de notre culture.

Infos Culture Du Faso : Vous accordez une place importante à la culture, aux cauris et à la spiritualité. Comment ces éléments nourrissent-ils votre travail photographique ?
Christiane Marie Flora Younga : Ce sont des sources d’inspiration profondes. Les cauris, par exemple, ne sont pas de simples objets : ils portent une histoire, une symbolique et une spiritualité. Photographier ces éléments, c’est essayer de traduire visuellement ce qu’ils représentent dans notre héritage culturel et donner à voir des symboles qui risquent de perdre leur sens si nous ne les documentons pas.
Infos Culture Du Faso : Vous avez participé à l’exposition collective « Droit de Regard », organisée par les Ateliers Manèere. Que retenez-vous de cette expérience artistique ?
Christiane Marie Flora Younga : C’était une expérience marquante, à l’occasion du 8-Mars. « Droit de Regard » m’a permis de mettre mon objectif au service d’un propos collectif, entourée d’autres artistes qui partageaient cette même volonté de porter un regard singulier sur notre société. J’en retiens la force du collectif et l’importance de faire entendre, à travers l’image, des voix et des réalités que l’on ne regarde pas toujours en face.

Infos Culture Du Faso : Vous affirmez que les personnes âgées sont les gardiennes de nos cultures. Pourquoi cette conviction occupe-t-elle une place centrale dans votre démarche ?
Christiane Marie Flora Younga : Parce qu’elles détiennent une mémoire vivante qui ne se transmet nulle part ailleurs. Nos aînés portent en eux des savoirs, des récits et des pratiques que l’on ne retrouve dans aucun livre. Si nous ne laissons pas de traces de leur existence et de leur parole, une partie entière de notre culture disparaît avec eux. C’est une urgence et je la ressens comme telle.
Infos Culture Du Faso : Votre blog et vos photographies interrogent la transmission des mémoires culturelles. Quel message souhaitez-vous faire passer à travers ce travail ?
Christiane Marie Flora Younga : Je veux rappeler que la culture n’est pas figée dans le passé : elle vit à travers les personnes qui la portent aujourd’hui. Mon message est simple : regardons, écoutons et documentons ce qui nous entoure, car ce qui n’est pas raconté aujourd’hui risque d’être oublié demain.

Infos Culture Du Faso : En cette Journée mondiale de la photographie, quel regard portez-vous sur le rôle de la photographie dans la préservation du patrimoine culturel ?
Christiane Marie Flora Younga : La photographie est un outil de mémoire irremplaçable. Elle fige un instant, un visage, un geste ou un objet et le conserve pour les générations futures. Dans un contexte où beaucoup de savoirs se transmettent oralement, l’image devient une trace tangible, une preuve que ces cultures ont existé et existent encore.
Infos Culture Du Faso : Selon vous, comment les photographes peuvent-ils contribuer à sauvegarder les traditions et les savoirs menacés de disparition ?
Christiane Marie Flora Younga : En allant à la rencontre des gardiens de ces traditions, en particulier les personnes âgées, et en prenant le temps de documenter avec respect et authenticité. Il ne s’agit pas seulement de « prendre » une photo, mais de construire une relation de confiance qui permet de restituer fidèlement ce que ces savoirs représentent.

Infos Culture Du Faso : Quels sont les principaux défis auxquels les femmes photographes sont confrontées aujourd’hui dans le milieu artistique et culturel ?
Christiane Marie Flora Younga : Les femmes photographes doivent souvent lutter pour être prises au sérieux dans un milieu encore largement dominé par les hommes, obtenir les mêmes opportunités d’exposition et de visibilité et parfois composer avec des réticences sociales à les voir occuper l’espace public avec leur regard. C’est pour cela que des initiatives comme « Droit de Regard » sont si importantes : elles offrent un espace pour que ce regard féminin s’exprime pleinement.
Infos Culture Du Faso : Comment choisissez-vous les sujets que vous photographiez et quelles émotions recherchez-vous à transmettre au public ?
Christiane Marie Flora Younga : Je me laisse guider par ce qui porte une charge culturelle ou humaine forte : un visage marqué par le temps, un objet chargé de symbolique comme les cauris ou une scène qui raconte quelque chose de notre spiritualité. Je recherche surtout à transmettre une émotion de reconnaissance : que le public se dise : « Ça, c’est nous, c’est notre histoire. »

Infos Culture Du Faso : Pensez-vous que la photographie peut être un outil de sensibilisation et de changement social ? Pourquoi ?
Christiane Marie Flora Younga : Absolument. Une image peut toucher là où un long discours échoue. Elle interpelle immédiatement, elle marque et reste en mémoire. C’est un outil puissant pour sensibiliser sur la place des aînés, la valeur de notre patrimoine culturel ou la nécessité de préserver des savoirs en voie de disparition.
Infos Culture Du Faso : Quels sont vos projets artistiques et culturels pour les mois ou les années à venir ?
Christiane Marie Flora Younga : Plusieurs projets sont en cours. Je vous invite à rester à l’écoute pour découvrir prochainement ces initiatives dédiées à la mémoire, à la transmission et à la valorisation de notre patrimoine culturel.

Infos Culture Du Faso : À l’occasion de la Journée mondiale de la photographie 2026, quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes photographes, aux passionnés d’art et aux défenseurs du patrimoine culturel ?
Christiane Marie Flora Younga : Je leur dirais : n’ayez pas peur de photographier ce qui vous semble simple ou quotidien, car c’est souvent cela qui devient précieux avec le temps. Allez à la rencontre de vos aînés, écoutez-les et photographiez-les. Chaque image que vous prenez aujourd’hui est une trace que vous laissez pour demain. Portez ce regard avec respect et faites-en un outil de mémoire et de transmission.
Propos recueillis par Parfait Fabrice SAWADOGO
Infos Culture Du Faso



