Le mardi 22 septembre 2026, à Goethe-Institut de Ouagadougou, les Rencontres internationales de peinture de Ouagadougou (RIPO) 2026 ont consacré une partie de leurs échanges aux mutations de l’écosystème numérique et aux enjeux liés au statut de l’artiste. Artistes, professionnels de la culture et acteurs du secteur ont ainsi partagé leurs réflexions autour des défis qui se posent aujourd’hui à la création artistique et à sa professionnalisation.

Placée sous le thème « L’art face aux défis du monde et aux mutations de l’écosystème numérique », cette sixième édition des RIPO intervient dans un contexte particulier, marqué par les vingt ans de la manifestation. L’exposition internationale « FRAGMENTS », qui réunit 40 artistes venus de 18 pays, constitue l’un des temps forts de cette édition anniversaire, pensée comme un espace de rencontre, de création et de réflexion sur les transformations du monde contemporain.

Dans son intervention consacrée aux mutations numériques, le camarade Dr Souleymane Ganou, maître de conférences en études culturelles africaines à l’Université Joseph-Ki-Zerbo, a mis en lumière l’évolution des pratiques artistiques. De l’art traditionnel, fortement intégré à la vie sociale et culturelle, aux pratiques contemporaines faisant appel à la vidéo, au mapping architectural, à la modélisation 3D ou encore aux formes hybrides, les artistes explorent de nouveaux modes de création et de diffusion.

Le numérique offre notamment de nouvelles possibilités pour faire circuler les œuvres au-delà des frontières. Toutefois, Dr Souleymane Ganou a également attiré l’attention sur les risques liés à cette transformation, notamment la standardisation esthétique induite par les algorithmes, la recherche du clic et les enjeux posés par l’intelligence artificielle générative.
« La promesse d’émancipation par le numérique comporte des risques structurels qu’une analyse critique ne saurait occulter », a-t-il souligné, invitant à une réflexion sur la protection des créateurs, la propriété intellectuelle et la rémunération des artistes dans cet environnement en mutation.

La question du statut de l’artiste a constitué l’autre axe majeur des échanges. Le camarade Barthélémy Vébamba, conseiller des affaires culturelles et chef de service de l’appui-conseil, de la veille juridique et du contentieux au ministère chargé de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme, a présenté les principales orientations du nouveau cadre juridique.

Selon lui, sa communication s’est articulée autour de quatre points : la situation du statut de l’artiste en Afrique, le contexte burkinabè, la présentation de la nouvelle loi portant statut de l’artiste et les innovations qu’elle introduit. Il a également abordé les perspectives nécessaires à sa mise en œuvre effective.

Les échanges avec les participants ont notamment porté sur la carte professionnelle d’artiste et sur les mécanismes institutionnels devant accompagner l’application du nouveau dispositif. Pour le conseiller des affaires culturelles, l’adoption des textes d’application constitue une étape déterminante.
« L’adoption d’une chaîne de décrets d’application pourra mieux opérationnaliser la loi et permettre aux acteurs, aux artistes, à leurs collaborateurs de pouvoir vivre de leur art », a déclaré le camarade Barthélémy Vébamba.

À travers ces échanges, les RIPO 2026 apparaissent ainsi comme un cadre où création, réflexion et professionnalisation se rencontrent, en ouvrant le débat sur l’avenir des arts visuels face aux transformations numériques et aux évolutions du cadre juridique de l’artiste.
✍️ Parfait Fabrice SAWADOGO
Journaliste culturel – Infos Culture du Faso



