Photos’OR BF 2026 : l’intelligence artificielle au service de la photographie sans perdre le regard humain

La quatrième édition de la Randonnée photographique du Burkina, Photos’OR BF 2026, a consacré ce mardi 18 août 2026 à Ouagadougou un panel aux mutations technologiques qui traversent le secteur de la photographie. Organisée à BeoogoLAB, à Somgandé, la rencontre avait pour thème : « Intelligence artificielle et photographie : innover sans perdre l’authenticité du regard humain ».

Animé par le camarade Emerson Yougbaré, chargé de projet et responsable du département Web et Multimédia de BeoogoLAB, le panel a permis aux photographes participants de mieux comprendre les fondements de l’intelligence artificielle, son évolution et surtout ses applications dans le domaine de l’image. Les échanges se sont voulus interactifs, donnant aux participants l’occasion de partager leurs connaissances et leurs expériences autour de cette technologie devenue incontournable.

Dans son introduction, le camarade Emerson Yougbaré a présenté BeoogoLAB comme une structure issue de TICANALYSE, un cabinet d’ingénierie informatique. Il a expliqué que BeoogoLAB accompagne des projets dans différents domaines grâce aux outils numériques. « Le numérique peut être appliqué dans pratiquement tous les domaines », a-t-il souligné, précisant que la structure intervient notamment dans la santé, l’agriculture et d’autres secteurs.

Revenant sur la notion d’intelligence artificielle, l’intervenant a tenu à établir une distinction entre les automatismes informatiques et les systèmes d’intelligence artificielle. Selon lui, un logiciel programmé pour effectuer une tâche répétitive ne constitue pas nécessairement, à lui seul, une intelligence artificielle. L’IA regroupe plutôt un ensemble de techniques et de méthodes permettant à des systèmes informatiques d’accomplir certaines tâches généralement associées à des capacités cognitives humaines, comme la reconnaissance, la classification, la prédiction ou la génération de contenus.

Il a rappelé que les travaux ayant conduit à l’émergence de l’intelligence artificielle comme domaine de recherche se sont notamment structurés dans les années 1950, avec une étape fondatrice en 1956 lors de l’atelier de Dartmouth. Les technologies aujourd’hui accessibles au grand public sont ainsi le résultat de plusieurs décennies de recherche, d’expérimentation et d’évolution.

« L’intelligence artificielle, c’est un programme informatique qui vise à reproduire ou à réaliser certaines tâches que nous associons habituellement à l’intelligence », a expliqué le camarade Emerson Yougbaré. Il a insisté sur le fait que les systèmes d’IA actuels ne sont pas considérés comme dotés d’une conscience au sens humain du terme. Ils fonctionnent à partir de modèles, de données, de probabilités et de calculs leur permettant notamment d’identifier des régularités, de produire des prédictions ou de générer des contenus.

Le formateur a également évoqué plusieurs usages déjà présents dans la vie quotidienne, notamment les recommandations personnalisées sur les réseaux sociaux, les suggestions de vidéos, certaines fonctionnalités des applications de cartographie ou encore certaines formes de reconnaissance d’images. Il a ainsi montré que l’intelligence artificielle ne se limite pas aux outils génératifs apparus récemment. Il a toutefois rappelé que certaines fonctions numériques, comme le calcul classique d’un itinéraire, peuvent également reposer sur des algorithmes traditionnels et ne constituent donc pas nécessairement de l’IA.

Dans le domaine de la photographie, les possibilités sont nombreuses. L’IA peut intervenir dans la prise de vue, l’analyse d’une scène, l’optimisation de certains paramètres, le tri des images, la retouche, la sélection ou encore l’extension d’une photographie. L’intervenant a cependant rappelé que toutes les opérations effectuées dans un logiciel de photographie ne relèvent pas nécessairement de l’intelligence artificielle : une correction classique de luminosité ou un simple recadrage, par exemple, peuvent être réalisés sans recours à l’IA.

Le camarade Emerson Yougbaré a également distingué plusieurs niveaux de transformation d’une photographie : les images directement capturées par le photographe, les images faisant l’objet de retouches ou de traitements, et celles qui sont augmentées ou transformées par l’ajout d’éléments qui n’étaient pas présents dans la prise de vue initiale. Cette distinction permet notamment de mieux réfléchir à la notion d’authenticité dans un contexte où les outils d’IA peuvent modifier ou générer une partie du contenu visuel.

Cependant, cette évolution soulève également des interrogations sur l’authenticité, les droits d’auteur et la responsabilité du photographe. L’intervenant a appelé les professionnels à rester vigilants face aux contenus produits ou transformés avec l’IA, notamment en raison des erreurs et des biais susceptibles d’être générés par ces outils. « Même quelque chose qui a été produit par une intelligence artificielle, il faut toujours contrôler », a-t-il rappelé.

Cette question de l’authenticité pose également celle de la traçabilité des contenus numériques. Des technologies et standards tels que le C2PA et les Content Credentials permettent notamment d’associer à certains contenus des informations relatives à leur provenance et à leur historique de création ou de modification. D’autres technologies, comme SynthID de Google, utilisent des techniques de marquage permettant d’identifier certains contenus générés par IA. Ces approches répondent toutefois à des objectifs différents et ne constituent pas, à elles seules, une garantie absolue de l’authenticité d’une image.

Pour les participants à Photos’OR BF 2026, l’enjeu n’est donc pas de rejeter l’intelligence artificielle, mais de savoir l’utiliser comme un outil complémentaire. La technologie peut faciliter certaines tâches et ouvrir de nouvelles possibilités créatives, sans pour autant remplacer l’œil, l’expérience, le jugement et la sensibilité du photographe.

À travers ce panel, Photos’OR BF 2026 poursuit ainsi sa réflexion sur l’avenir de la photographie au Burkina Faso, en mettant en dialogue patrimoine, création artistique et innovation technologique.

✍️ Parfait Fabrice SAWADOGO
Journaliste culturel – Infos Culture Du Faso

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