« Les Confessions d’une muette » : Karidia Barro signe une première mise en scène engagée contre les violences faites aux femmes

Ouagadougou a vibré au rythme du théâtre engagé le 10 juin 2026 à l’Espace Grâce Théâtre avec la première représentation de Les Confessions d’une muette, une adaptation théâtrale de la nouvelle de Justin Stanislas Drabo. Portée par la jeune metteuse en scène Karidia Barro dans le cadre du programme d’incubation « Compagnonnage » de l’Institut de Recherche Théâtrale du Burkina (IRTB), l’œuvre a suscité émotion et réflexion auprès du public.

Produite par la compagnie théâtrale Mun-Nana, cette création constitue l’aboutissement de plusieurs mois de formation et d’accompagnement destinés à renforcer les compétences de jeunes metteurs en scène burkinabè. Présent lors de la soirée de lancement, Paul Pingdwendé Zoungrana, directeur de l’IRTB, a rappelé l’importance de cette initiative : « C’est un concept de formation et d’incubation de metteurs en scène qui se déroule sur une année. Nous leur permettons de franchir toutes les étapes de la production jusqu’à la diffusion. »

Ce programme, qui combine apprentissage théorique et pratique, vise à combler le manque de formations spécialisées en mise en scène au Burkina Faso. Selon le responsable de l’IRTB, « le metteur en scène est un maillon important de la chaîne de l’industrie créative du théâtre » et mérite un accompagnement spécifique afin de devenir un véritable porteur de projets culturels. L’initiative accorde également une attention particulière à la promotion des femmes dans les métiers de la mise en scène, encore peu représentées dans le paysage théâtral national.

Pour Karidia Barro, cette aventure artistique représentait un défi majeur. À l’issue de la représentation, elle a confié avec émotion : « C’est une première expérience pour moi. Il y a eu le doute, la peur et bien d’autres appréhensions. Mais au final, nous y sommes arrivés. » Une satisfaction partagée par le public et les professionnels du théâtre présents à cette première.

À travers Les Confessions d’une muette, la metteuse en scène aborde des problématiques sociales particulièrement sensibles. « Le spectacle traite principalement des violences basées sur le genre, notamment du viol des jeunes filles, des injustices, de la prostitution et du terrorisme », explique-t-elle. L’objectif est de transmettre un message d’espoir aux jeunes femmes confrontées à l’adversité : « Peu importe les situations difficiles, il faut garder espoir et se dire que demain sera meilleur. »

Le choix de cette thématique a également été salué par la comédienne et conteuse Mariam Koné. Selon elle, « c’est un thème qui existe depuis longtemps et qu’il faut continuer à combattre ». Elle estime que cette création rappelle à la société la nécessité de protéger les personnes vulnérables : « Ce genre de pièce nous interpelle. Il nous faut toujours rester vigilants et protéger les personnes les plus fragiles, notamment les filles et les enfants. »

Au-delà de sa portée artistique, la pièce se veut un outil de sensibilisation et d’interpellation sociale. En donnant une voix à une jeune femme confrontée à de multiples formes de violences, Karidia Barro invite le public à réfléchir aux réalités souvent vécues dans le silence par de nombreuses victimes.

Après cette première réussie, Les Confessions d’une muette poursuivra ses représentations du 11 au 13 juin 2026 à l’Espace Grâce Théâtre, situé à la Cité An III de Ouagadougou. Les spectacles débuteront chaque soir à partir de 20 heures. Les billets sont proposés au tarif de 2 000 FCFA pour le grand public et à 1 000 FCFA pour les élèves et étudiants.

Pour Paul Pingdwendé Zoungrana, l’ambition du programme Compagnonnage demeure claire : « Nous souhaitons les voir libres de rêver le théâtre et de voler de leurs propres ailes. » Une ambition qui semble déjà prendre forme à travers cette création prometteuse. Le public est ainsi invité à découvrir une œuvre poignante qui donne la parole à celles dont les souffrances demeurent trop souvent invisibles et qui confirme l’émergence d’une nouvelle génération de créateurs engagés au service du théâtre burkinabè.

✍️ Parfait Fabrice SAWADOGO
Journaliste culturel – Infos Culture du Faso

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