Engagement Féminin 2026 : « Le futur d’un présent » explore les carrières des femmes chorégraphes africaines

La 18e édition du programme Engagement Féminin a été officiellement lancée ce samedi 11 juillet 2026 à Ouagadougou, au cours d’une conférence de presse marquée par la présentation du nouveau siège de l’Association Artistique Développement (Art’Dev), le bilan de dix-huit années d’actions en faveur des femmes chorégraphes africaines et l’annonce d’une transition historique à la tête du programme.

Réunis dans le nouvel espace artistique de l’association Art’Dev, situé dans le quartier Gounghin, les responsables du programme ont présenté les grandes lignes de cette édition ainsi que les ambitions de ce nouveau lieu dédié à la création, à la recherche et à la professionnalisation des artistes. Créé en 2008 par la Compagnie Auguste-Bienvenue et aujourd’hui porté par Art’Dev, en partenariat avec Wa Tid Saou Allons Danser (France), Engagement Féminin est devenu l’un des principaux programmes de formation des femmes dans le secteur chorégraphique en Afrique.

Présentant ce nouvel espace, Auguste Ouédraogo a expliqué sa vocation. « L’idée de cet espace, c’est de mettre en place un incubateur chorégraphique qui va permettre aux danseurs et aux artistes chorégraphes de déployer leurs projets, de la réflexion jusqu’à la diffusion des spectacles. Notre objectif est de professionnaliser les artistes et de renforcer les échanges entre le Burkina Faso et la France, où la compagnie est également implantée. »

Au-delà de cette nouvelle infrastructure, les organisateurs ont dressé le bilan des dix-huit années du programme. Depuis sa création, Engagement Féminin a organisé 18 éditions, formé 147 femmes issues de plus de vingt pays africains, mobilisé plus de soixante intervenants internationaux, organisé plus de vingt-cinq conférences et panels professionnels, plus d’une dizaine de résidences de création et accompagné des dizaines d’œuvres chorégraphiques.

Revenant sur la naissance de cette initiative, Bienvenue Bazié a rappelé la volonté de répondre au faible nombre de femmes présentes dans le milieu chorégraphique. « Le constat est parti de la faible présence des femmes dans le milieu chorégraphique. Nous avons voulu apporter notre contribution afin d’encourager celles qui souhaitent faire carrière dans ce domaine. Dix-huit ans plus tard, nous constatons des résultats concrets à travers les nombreuses femmes devenues chorégraphes, formatrices et directrices de compagnies. »

La 18e édition, ouverte depuis le 6 juillet et qui se poursuivra jusqu’au 1er août 2026, rassemble des participantes venues du Burkina Faso, du Cameroun, du Bénin, de la Côte d’Ivoire, du Mali et du Togo. Pendant quatre semaines, elles bénéficieront d’ateliers de danse contemporaine, de formations en administration culturelle, de modules de dramaturgie, de tables rondes, de conférences, d’actions citoyennes, d’activités de reboisement ainsi que de séances de sensibilisation.

Les formations seront notamment assurées par le Dr idrissa Zorom pour l’administration culturelle, le dramaturge Sidiki Youbaré, la chorégraphe sénégalaise Fatou Cissé et Bienvenue Bazié pour les ateliers de danse.

Le programme est placé sous le thème triennal « Le futur d’un présent ». Pour cette édition 2026, les échanges porteront sur le sous-thème « Carrière artistique : enjeux, défis et solutions pour la femme chorégraphe africaine », qui sera développé lors d’une table ronde réunissant des professionnelles et des participantes autour des réalités du métier.

Interpellé sur l’accompagnement institutionnel du programme, Bienvenue Bazié a lancé un appel en faveur d’un plus grand soutien national. « Cela fait 18 ans que ce projet existe. C’est un projet à dimension internationale qui donne une visibilité au Burkina Faso. Nous souhaiterions être davantage accompagnés. Ce serait une grande fierté de savoir que notre propre pays soutient d’abord cette initiative avant les partenaires internationaux. Nous espérons que les années à venir apporteront un changement. »

Le cofondateur a également rappelé que la pérennité du programme repose sur un important travail de mobilisation des ressources. « Depuis 2008, nous allons chercher des partenaires en France, en Belgique, en Allemagne, aux États-Unis et dans plusieurs autres pays. Réunir les financements nécessaires pour un mois de formation représente chaque année un défi. Malgré certaines années sans financement, nous avons toujours trouvé des stratégies pour maintenir le programme. », a-t-il souligné, saluant également l’engagement des participantes qui prennent elles-mêmes en charge leurs frais de transport pour rejoindre Ouagadougou.

Les responsables ont aussi mis en avant les retombées concrètes du Réseau Engagement Féminin (REF), qui favorise la mobilité artistique entre plusieurs pays africains. Grâce à cette dynamique, d’anciennes bénéficiaires invitent régulièrement d’autres chorégraphes à participer à des festivals et résidences au Togo, en Côte d’Ivoire ou encore en France, notamment à travers la plateforme Corps Engagé, développée entre Bordeaux et La Rochelle afin de faciliter la diffusion des œuvres africaines en Europe.

L’autre annonce majeure de cette conférence de presse est la transmission prochaine de la direction du programme à Salamata Kobré. Une décision qui s’inscrit dans la philosophie même d’Engagement Féminin. « Après dix-huit ans, nous avons décidé de passer la main à une femme, parce que c’est un projet qui concerne les femmes. Nous voulons voir davantage de femmes à la direction des projets, des compagnies et des festivals. À partir de la 19e édition, Salamata Kobré prendra la direction du programme et nous resterons à ses côtés pour l’accompagner. », a annoncé Bienvenue Bazié.

Les témoignages d’anciennes bénéficiaires ont également illustré l’impact du programme. Certaines dirigent aujourd’hui leurs propres compagnies, développent des projets de formation ou organisent des festivals dans leurs pays respectifs, confirmant la portée continentale du Réseau Engagement Féminin (REF), créé pour renforcer la coopération entre les anciennes participantes.

Après dix-huit années d’existence, Engagement Féminin confirme ainsi son statut de laboratoire de création, de professionnalisation et de leadership féminin en Afrique. À travers son nouvel espace artistique, la consolidation de son réseau continental et sa nouvelle gouvernance, le programme entend poursuivre son ambition de faire du Burkina Faso une référence continentale dans la formation et l’accompagnement des femmes chorégraphes.

✍️ Parfait Fabrice SAWADOGO
Journaliste culturel – Infos Culture du Faso

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