Mémoire culturelle et identité musicale : Aboudou Dabo Dabs plaide pour la transmission aux jeunes générations (partie 2)

Le samedi 23 mai 2026, l’Espace Culturel le Feelings a accueilli un masterclass consacré à la musique burkinabè sous la Révolution de Thomas Sankara. À travers cette rencontre, le consultant culturel Aboudou Dabo Dabs a surtout lancé un appel fort à la sauvegarde de la mémoire musicale nationale et à la transmission de l’héritage culturel aux jeunes générations.

Face à un public composé d’acteurs culturels, d’artistes et d’étudiants, le spécialiste a déploré la rupture progressive entre les anciennes générations de musiciens et la jeunesse actuelle. Selon lui, beaucoup de jeunes artistes ignorent aujourd’hui les fondements historiques de la musique burkinabè.

« Beaucoup pensent être les premiers à faire certaines choses alors qu’il y a eu plusieurs générations avant eux », a regretté le conférencier.

Pour Aboudou Dabo Dabs, cette perte de mémoire constitue un danger pour le développement culturel du pays. Il estime que le Burkina Faso doit impérativement mettre en place une politique nationale de conservation des archives musicales afin de préserver les œuvres, les témoignages et les productions des anciennes générations.

Il a ainsi proposé la création d’une structure nationale capable de recueillir, numériser et archiver les albums et documents liés à l’histoire musicale burkinabè. Une initiative qui permettrait, selon lui, aux jeunes artistes de mieux comprendre les évolutions musicales du pays et de s’en inspirer.

Au cours des échanges, le spécialiste est également revenu sur la question de l’identité musicale burkinabè. Il estime que le pays dispose d’une richesse exceptionnelle à travers ses rythmes traditionnels comme le Warba ou le Binon, mais que la musique urbaine doit désormais jouer un rôle fédérateur à l’échelle nationale.

Il a notamment cité des expériences comme « Wagali » de Donsharp de Batoro et « Takborsé » de Hamed Smani, considérées comme des tentatives importantes dans la création de nouvelles tendances musicales urbaines burkinabè.

Selon lui, ces initiatives doivent évoluer vers des mouvements collectifs afin que toute la jeunesse puisse se les approprier.

Le consultant culturel a également insisté sur l’importance du Kalma, présenté comme l’un des rares phénomènes culturels urbains ayant réussi à rassembler différentes communautés autour d’une même expression artistique.

« Dans le Kalma, personne ne se demande si c’est pour les Mossi, les Gourounsi ou les Peulh. Tout le monde se reconnaît dedans », a expliqué le conférencier.

La rencontre a aussi été marquée par un moment de reconnaissance envers plusieurs acteurs ayant contribué au développement de la musique burkinabè et africaine.

Des attestations de reconnaissance ont été remises à deux pionniers pour leur immense contribution au rayonnement culturel.

Le premier hommage est revenu à BENEDICT YAW AFFIRIM alias FATHER BEN, auteur-compositeur, arrangeur, pianiste et formateur de renom, ancien membre du Club Burkinabè du Disque (CVD), des Missiles Band de Pô et du Marriots Band d’Accra. Grand compagnon de l’artiste Wango Roger, il est également reconnu comme initiateur du Bil Aka Kora à la guitare.

Le second hommage a été rendu à EMPEREUR AMIDOU OUEDRAOGO, saxophoniste, chef d’orchestre et promoteur culturel, ancien membre du mythique orchestre Suprême Kombemba du Grand Thomas et acteur majeur dans la promotion du Kalma et des musiques traditionnelles burkinabè.

À travers ce masterclass, Aboudou Dabo Dabs aura finalement lancé un appel à la responsabilité collective afin que l’histoire musicale du Burkina Faso soit mieux connue, protégée et transmise aux générations futures.

✍️ Parfait Fabrice SAWADOGO
Journaliste Culturel – Infos Culture du Faso

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