À l’occasion de la 16e édition du Salon international du tourisme et de l’hôtellerie de Ouagadougou (SITHO), qui se tient du 22 au 27 septembre 2026, une équipe d’Infos Culture du Faso est allée à la rencontre du camarade Bouraima Barry, ce jeudi 24 septembre 2026, dans son bureau à Ouagadougou. Écrivain, administrateur culturel et spécialiste en stratégie de communication et de marketing culturel, il est notamment l’auteur de l’ouvrage « Promotion du tourisme culturel : analyse et perspectives pour un tourisme compétitif au Burkina ». Il partage son analyse sur les enjeux du tourisme culturel, la valorisation du patrimoine et les perspectives de promotion de la destination Burkina Faso.

Infos Culture du Faso : Votre ouvrage « Promotion du tourisme culturel : analyse et perspectives pour un tourisme compétitif au Burkina » s’intéresse au tourisme culturel burkinabè. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur l’évolution de ce secteur ?
Bouraima Barry : « Aujourd’hui, nous savons tous que le Burkina Faso, avec son riche patrimoine culturel et ses potentialités touristiques, fait face à des défis réglementaires et marketing. Mais depuis un certain temps, il faut dire qu’il y a une nette amélioration. Malgré les défis, le Burkina Faso reste debout, avec la promotion d’un tourisme résilient. Nous voyons un tourisme résilient, orienté vers la promotion interne et qui prend de plus en plus ses pas. »
Infos Culture du Faso : Le SITHO 2026 met notamment en avant la promotion de la destination Burkina Faso. Quels sont, selon vous, les principaux atouts touristiques à mieux valoriser ?
Bouraima Barry : « Il faut dire que le Burkina Faso a un tourisme à 80 à 90 % culturel. Au regard de cela, c’est notre patrimoine culturel qui constitue le moteur principal du développement du tourisme. Les atouts qu’il faut mettre vraiment en avant, c’est beaucoup plus la promotion du patrimoine culturel, en y ajoutant des cadres événementiels.
Nous avons de très grands événements comme le FESPACO, le CITO ou d’autres événements privés qui sont aujourd’hui vraiment des cadres de référence au plan national comme au plan international. Ce sont des atouts que nous avons pour pouvoir promouvoir notre tourisme au plan international, mais aussi le tourisme interne.
Nous avons également des patrimoines qu’il faut mettre en relief, notamment les ruines de Loropéni, le palais royal de Tiébélé, les sites métallurgiques anciens vers Kaya et beaucoup d’autres richesses patrimoniales. Il faut travailler à mieux les faire connaître, à les valoriser et à les intégrer davantage dans les circuits touristiques. »
Infos Culture du Faso : Vous insistez dans votre livre sur le tourisme interne. Comment encourager davantage les Burkinabè à visiter les sites touristiques de leur propre pays ?
Bouraima Barry : « Il faut que nous apprenions d’abord à aimer nos valeurs culturelles. Il faut que nous apprenions à comprendre notre histoire et notre patrimoine. La meilleure façon aujourd’hui, c’est d’orienter vraiment toute la population vers la source culturelle, pour nous permettre non seulement de nous en abreuver, mais aussi de tirer des valeurs positives pour les mettre en avant.
Si ces événements arrivent à allier la visite touristique et la mise en exercice de certains sites dans ces régions, ça fait déjà une promotion du tourisme interne.
Le musée ne doit pas rester un lieu où il faut juste aller contempler les objets de valeur. Il faut aussi l’animer avec des projets, attirer les gens. »

Infos Culture du Faso : Quel rôle la culture et le patrimoine peuvent-ils jouer dans le développement du tourisme interne ?
Bouraima Barry : « La culture est le moteur principal pour développer notre tourisme, surtout au Burkina, parce que nous avons un tourisme essentiellement culturel. Nos danses, nos expressions, nos cultes, nos pratiques et notre patrimoine matériel comme immatériel sont des valeurs qui attirent vraiment le tourisme.
L’effervescence culturelle entraîne le dynamisme touristique. »
Infos Culture du Faso : Le Burkina Faso compte de nombreux festivals et événements culturels. Comment peuvent-ils devenir de véritables produits touristiques ?
Bouraima Barry : « Il faut que tous nos événements culturels arrivent à être des événements structurants, des événements porteurs de valeurs, des événements qui mettent en exergue notre patrimoine.
Lorsque vous vous réunissez, il faut mettre un programme de visite touristique dans votre programme. Tant qu’il n’y a pas ça, vous n’allez pas mieux promouvoir votre destination.
Il ne faut plus simplement organiser un festival pour un festival. Il faut que, dans les systèmes de communication et de promotion, nos sites, nos valeurs positives et nos pratiques ressortent comme des éléments attractifs. »
Infos Culture du Faso : Dans votre ouvrage, vous évoquez les insuffisances en matière de marketing touristique. Quelles actions devraient être renforcées aujourd’hui pour mieux promouvoir la destination Burkina Faso ?
Bouraima Barry : « La meilleure façon de promouvoir la destination, il faut d’abord développer ce qu’on appelle les systèmes de branding. Il faut que nous parvenions à mettre en exergue le marketing du territoire.
Le Burkina peut trouver un slogan accrocheur qui va réunir l’imaginaire des potentialités touristiques que nous possédons. C’est ça aussi le branding, c’est ça aussi le marketing du territoire. Il faut qu’on ait des outils de soft power qui peuvent nous amener à nous affirmer.
Nous avons la chance d’avoir aujourd’hui des événements culturels burkinabè ouverts au plan international. Ce sont ces événements qui peuvent être des lieux de vente de la destination Burkina, à motiver les uns et les autres à venir dans ce pays, visiter autre chose. »

Infos Culture du Faso : Quelle place le numérique et les réseaux sociaux doivent-ils occuper dans la promotion du tourisme burkinabè, particulièrement auprès de la jeunesse ?
Bouraima Barry : « Aujourd’hui, on ne peut pas développer une attractivité, que ce soit dans le tourisme ou ailleurs, sans passer par ces outils. C’est devenu aujourd’hui un outil essentiel.
Tant que nous n’allons pas mettre en place ce qu’on appelle le portail touristique du Burkina, ça serait difficile. Il faut que nous parvenions à mettre le portail touristique et culturel du Burkina Faso en ligne et animé. Il ne suffit pas de le mettre et de le laisser inerte. Il faut que ce soit animé, fonctionnel.
Les représentations diplomatiques du Burkina Faso à l’extérieur peuvent également contribuer à cette stratégie de promotion en utilisant ces outils pour mieux faire connaître la destination Burkina Faso. »
Infos Culture du Faso : Comment les professionnels du tourisme, les acteurs culturels et les communautés locales peuvent-ils mieux travailler ensemble pour développer le secteur ?
Bouraima Barry : « Aujourd’hui, les acteurs locaux doivent être formés et doivent avoir régulièrement des renforcements des capacités. Le tourisme est dynamique et évolue.
Il faut faire un travail de synergie d’action avec l’administration et ces acteurs-là, pour pouvoir vraiment les amener à comprendre qu’ils ont des valeurs sur place, des éléments sur place qui peuvent apporter quelque chose.
Nous pouvons travailler à inviter les opérateurs évoluant dans le domaine de l’hôtellerie à faire un travail de partenariat public-privé pour construire, ne serait-ce que des infrastructures touristiques et des infrastructures d’accueil dans les différents lieux. »
Infos Culture du Faso : À travers votre expérience d’administrateur culturel et d’écrivain, quelle complémentarité voyez-vous entre la promotion culturelle et la promotion touristique du Burkina Faso ?
Bouraima Barry : « Les deux sont liées. La culture est le moteur principal pour développer le tourisme, surtout au Burkina, parce que nous avons un tourisme essentiellement culturel.
Si l’événementiel, la promotion du patrimoine, les sites ne sont pas valorisés, si nos expressions artistiques et culturelles ne sont pas valorisées, si notre patrimoine immatériel est inerte, il ne peut pas y avoir de tourisme.
La culture, le patrimoine, les sites, les expressions artistiques et culturelles doivent donc être valorisés pour renforcer l’attractivité touristique du Burkina Faso. »

Infos Culture du Faso : Quelle est, selon vous, la place du SITHO dans la promotion du tourisme au Burkina Faso ?
Bouraima Barry : « Le SITHO, c’est un moyen essentiel parce que c’est un salon à vendre. Un salon, ça veut dire que c’est un cadre de rencontre, d’échange et de promotion du marketing du territoire des professionnels et de tous les opérateurs.
C’est un cadre non seulement de promotion et de vente de la destination Burkina, mais aussi un cadre d’orientation des axes stratégiques à travers les professionnels qui se réunissent. »
Infos Culture du Faso : Avez-vous une recommandation pour les organisateurs du SITHO ?
Bouraima Barry : « C’est un cadre qu’il faut encore valoriser et mieux améliorer, et travailler à ce que le SITHO reste comme l’un des meilleurs salons de l’Afrique de l’Ouest.
Dans un esprit de résilience et d’affirmation, le SITHO continue d’avancer. Nous savons que nous sommes dans une situation où les moyens font souvent défaut, mais nous faisons avec les moyens du bord. C’est un salon qui peut être vraiment l’un des salons les plus attractifs. »
Infos Culture du Faso : Dans un contexte sécuritaire, quelle est la priorité pour faire du secteur du tourisme une véritable industrie économique ?
Bouraima Barry : « Ce qu’il faut, c’est pouvoir mettre en place une très bonne chaîne de valeurs dans le domaine du tourisme. Une chaîne de valeurs qui va épouser vraiment le système événementiel burkinabè.
Si c’est le tourisme culturel qui est en avance, il faut que nous travaillions à mettre en place une chaîne de valeurs qui épouse certaines normes nationales et certaines normes internationales, pour pouvoir vraiment apporter un plus. »
Infos Culture du Faso : Quel message souhaitez-vous adresser aux Burkinabè et aux visiteurs à l’occasion du SITHO 2026 ?
Bouraima Barry : « Ce que nous faisons, c’est pour nous-mêmes. Tant que nous-mêmes, nous n’allons pas nous lever et valoriser notre potentiel touristique, quelqu’un d’autre ne viendra pas le faire à notre place.
C’est de notre devoir d’amener nos enfants, d’amener nos familles à connaître le Burkina Faso, à connaître notre pays.
S’il y a le dynamisme culturel, s’il y a l’effervescence culturelle qui entraîne le dynamisme touristique, il faut forcément une ligne de communication pour ces éléments-là, afin de pouvoir motiver ou mobiliser les touristes dans le pays. Communication, culture, tourisme sont liés. Ces trois éléments travaillent ensemble. »
Interview réalisée par Parfait Fabrice SAWADOGO
Journaliste culturel – Infos Culture du Faso



