Sous les lumières tamisées du restaurant La Belle Étoile, à Ouagadougou, la 4ᵉ édition du Festival « La Voix de la Kora » a connu son apothéose ce samedi 13 décembre. Placé sous le thème « Cordes musicales et cohésion sociale », cet événement annuel dédié aux instruments à cordes a tenu toutes ses promesses, en mobilisant un public nombreux malgré un billet d’entrée modeste de 2 000 FCFA. Dans une ambiance festive et immersive, la musique a, une fois de plus, démontré son pouvoir fédérateur, transcendant les clivages pour tisser des liens sociaux durables.

Six artistes instrumentistes d’exception ont fait vibrer la scène : Kantala, Sydyr, Jacob Salem, Sidi Kora, Grégoire Yanogo et le Duo Les Frères Diarra. Guitare basse, guitare électrique, kora, kundé, trompette et autres instruments traditionnels ont été maniés avec brio, entraînant les spectateurs dans un voyage musical envoûtant. Les riffs puissants de la kora cet instrument emblématique d’Afrique de l’Ouest à 21 cordes se sont harmonieusement mêlés aux sonorités modernes de la guitare électrique, donnant naissance à un métissage sonore en parfaite résonance avec l’identité culturelle burkinabè. Conquis, les festivaliers ont scandé des cris d’encouragement, dansé et applaudi jusqu’aux dernières notes.

Abdoulaye Traoré, dit Kantala, est le promoteur visionnaire de ce festival qui se tient chaque année dans la première moitié du mois de décembre. Instrumentiste accompli, il a lancé l’initiative en 2022 dans le but de promouvoir les instruments à cordes et leurs praticiens, souvent relégués dans l’ombre des chanteurs vedettes.
« En tant qu’instrumentiste, je fais des tournées et je croise d’autres têtes d’affiche comme la famille Diabaté au Mali, Richard Bona, entre autres, explique-t-il. Ce sont des balafonistes, des korafolas, mais ils se produisent en tant qu’instrumentistes. Pourquoi pas au Burkina Faso ? Ici, en Afrique de l’Ouest, nous avons les meilleurs instrumentistes, et les autres pays nous respectent. Pourtant, lorsqu’on demande qui est le meilleur balafoniste ou korafola, on ne sait pas toujours qui citer. Voilà pourquoi j’ai lancé ce projet : pour les mettre en lumière. »
Malgré des préparatifs semés d’embûches, notamment sur le plan financier, le festival n’a pas été annulé. Kantala ne cache pas ses difficultés :
« C’est devenu presque une chanson que de demander du soutien, mais on ne les voit pas toujours. Je profite de l’occasion pour inviter les personnes de bonne volonté à nous appuyer afin que le Burkina Faso rayonne au plan national et international. »

Réalisée « avec les moyens du bord », cette 4ᵉ édition illustre la résilience des initiatives culturelles locales dans un contexte économique particulièrement exigeant. Pourtant, la mobilisation a dépassé les attentes, prouvant que la passion et l’engagement peuvent pallier l’absence de gros budgets.

Le soutien de Hubert Géraud, directeur général de HCG Construction, a apporté une note encourageante. Parrain de l’événement, il s’est dit honoré d’accompagner la culture burkinabè :
« Je souhaite que ce festival continue de grandir, d’inspirer et de rassembler. Que les sons de la kora et des instruments à cordes portent haut nos valeurs et notre identité culturelle. »
Un engagement qui s’inscrit dans une dynamique plus large d’implication du secteur privé dans la valorisation du patrimoine immatériel national.
Satisfait du déroulement de cette édition, Kantala se réjouit : « Souvent, ce n’est pas un gros budget qui fait un festival. Nous avons réussi à organiser une belle soirée et, pour moi, c’est une réussite totale. Ce festival est unique au Burkina Faso. Mon rêve est que le pays devienne la capitale des instruments à cordes. Nous avons tellement de talents ! »

À travers le thème « Cordes musicales et cohésion sociale », l’événement rappelle un héritage ancestral : depuis la nuit des temps, les instruments traditionnels ont servi d’armes pacifiques pour instaurer la paix. Dans un Sahel marqué par les tensions, la kora et ses “sœurs” symbolisent l’unité, reliant générations et communautés autour de mélodies partagées.
Le comité d’organisation n’a pas manqué de remercier chaleureusement le public fidèle ainsi que les partenaires essentiels. Des appels au soutien pour la 5ᵉ édition, prévue en décembre 2026, ont d’ores et déjà été lancés.

Au-delà de la fête, le Festival La Voix de la Kora interroge l’avenir de la musique traditionnelle au Burkina Faso. À l’heure où les flows urbains et les productions digitales dominent la scène musicale, de telles initiatives contribuent à préserver un savoir-faire millénaire tout en l’ouvrant à la modernité. Elles rappellent surtout que la culture n’est pas un luxe, mais un pilier fondamental de résilience nationale.
La rédaction Infos Culture du Faso





