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Bakary Dembélé : Le « maître du Tianhoun », à la quête d’une identité musicale burkinabè

Figure majeure de la scène musicale burkinabè depuis les années 1980, Bakary Dembélé s’est imposé comme l’ambassadeur incontesté du « Tianhoun », un instrument traditionnel du pays Bwaba. Lauréat du prestigieux Prix Découvertes RFI en 1985, l’artiste, également technicien supérieur d’élevage, poursuit inlassablement son combat pour faire de cette sonorité singulière une véritable identité musicale du Burkina Faso.

Le pari d’un instrument authentique

Originaire de Sanaba, dans la province des Banwa, Bakary Dembélé est issu d’une lignée de griots. Très tôt, il se passionne pour le « Tianhoun », cet instrument à cordes unique, fabriqué à base de tiges de paille, de lacets de néré et de réglettes d’accordage. Pourtant, ses débuts furent difficiles. Malhabile face à l’instrument, il essuya railleries et moqueries. Mais sa persévérance finit par payer. Affecté à Tenkodogo en 1980 comme agent technique d’élevage, il transforma son isolement en une période d’apprentissage intensif, passant parfois des nuits entières à jouer jusqu’à l’aube.

Cette détermination porta ses fruits : en 1982, il enregistre son premier opus, surprenant tout son entourage. Très vite, ses chansons se répandent sur les ondes de la Radio nationale, le propulsant au-devant de la scène.

Le couronnement du Prix Découvertes RFI

En 1985, Bakary Dembélé connaît une consécration internationale en remportant le Prix Découvertes RFI parmi 500 candidats. Cette distinction ouvre les portes des plus grands festivals mondiaux. Dès 1986, il s’illustre en Russie, marquant le début d’une longue série de tournées à l’étranger.

L’année 1986 est aussi marquée par la sortie de son album « Warayisé », véritable hymne de la Révolution démocratique et populaire. Le titre phare, prônant la paix, deviendra si populaire qu’il lui vaudra le surnom « Warayisé », en référence à l’expression bwaba signifiant « la bagarre n’est pas bien ».

Au total, l’artiste compte aujourd’hui sept albums à son actif et conserve une réputation solide sur la scène internationale, même si paradoxalement, il reste moins célébré au plan national.

Entre tradition et modernité

Bakary Dembélé a bâti son identité musicale autour de l’alliance entre le Tianhoun et d’autres instruments tels que le balafon, la flûte, le violon ou encore le djembé. Ce métissage donne naissance à une musique hybride, entre jazz, world music et sonorités traditionnelles burkinabè. Les spécialistes y voient une preuve de la capacité de la culture burkinabè à dialoguer avec le monde sans se renier.

Pour lui, le Tianhoun est bien plus qu’un instrument : « C’est la carte d’identité musicale du Burkina Faso », affirme-t-il. Selon lui, contrairement à d’autres instruments africains que l’on retrouve sous différentes formes à travers le continent, le Tianhoun reste propre au pays Bwaba et, par extension, au Burkina.

Le combat pour la reconnaissance

À l’approche de la retraite, l’artiste nourrit un projet : créer un ensemble artistique dédié à la valorisation du Tianhoun, d’abord sur le territoire national, puis à l’échelle internationale. Plusieurs propositions ont déjà été déposées, notamment auprès du Programme de soutien aux initiatives culturelles décentralisées (PSIC), sans aboutir. Mais Bakary Dembélé ne se décourage pas.

Il appelle les autorités à mettre en place une politique plus volontariste en faveur de la musique traditionnelle : « La culture est l’âme d’un peuple. Il est temps que le Burkina affiche clairement son identité musicale. »

Un instrument rare et précieux

Le Tianhoun, instrument emblématique du pays Bwaba, se distingue par sa fabrication artisanale : des tiges de paille tissées, des lames reliées par des lacets de néré et des réglette d’accordage. Sa sonorité singulière, à la fois douce et pénétrante, séduit par son authenticité. C’est ce caractère unique qui pousse Bakary Dembélé à militer pour qu’il devienne un patrimoine culturel national.

Héritage et transmission

Figure respectée, parfois plus adulée à l’international qu’au Burkina, Bakary Dembélé reste convaincu que son combat ne s’arrêtera pas à lui seul. « La musique est innée en moi, depuis le battement de mon cœur », confie-t-il. Mais au-delà de sa carrière personnelle, il espère surtout laisser en héritage au Burkina Faso une identité musicale claire, bâtie autour du Tianhoun.

Parfait Fabrice SAWADOGO
Journaliste Culturel – Infos Culture du Faso

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