La récente sortie du slameur Donsharp de Batoro continue de susciter de vives réactions dans les milieux culturels et sur les réseaux sociaux. En dénonçant les inégalités dans la valorisation des artistes burkinabè et la forte présence d’artistes étrangers dans les grandes affiches, il relance un débat sensible : celui de la structuration et de l’équité dans le showbiz national. Cette tribune propose une analyse d’opinion de Youssef Ouédraogo sur la question.

Les propos tenus par Donsharp de Batoro ont rapidement divisé l’opinion publique. D’un côté, certains saluent un cri du cœur légitime d’un artiste qui met en lumière les difficultés d’accès à la visibilité pour de nombreux talents locaux. De l’autre, d’autres estiment que sa lecture des réalités du secteur manque de nuance face aux contraintes économiques des organisateurs d’événements.
Journaliste, communicateur et promoteur culturel burkinabè, Youssef Ouédraogo est reconnu pour son engagement dans la promotion de la culture et des industries créatives au Burkina Faso. Acteur du journalisme culturel et promoteur des Faso Music Awards, il s’intéresse particulièrement aux enjeux liés à la structuration de l’écosystème musical national et à sa viabilité économique.
Selon son analyse, cette polémique met en lumière une réalité structurelle : le showbiz burkinabè reste un secteur encore en construction, caractérisé par des mécanismes fragiles de production, de financement et de distribution. Dans cet environnement, les choix des organisateurs d’événements sont souvent guidés par des impératifs économiques, notamment la nécessité de garantir une forte affluence pour rentabiliser les spectacles.
La présence d’artistes étrangers dans certaines grandes affiches s’explique ainsi par une logique d’attractivité commerciale. Ces artistes bénéficient souvent d’une forte visibilité régionale et internationale, ce qui permet de sécuriser les investissements des promoteurs. Cette réalité est également renforcée par l’évolution des habitudes de consommation culturelle, notamment chez les jeunes publics, fortement influencés par les tendances musicales africaines et les contenus numériques viraux.
Cependant, cette situation alimente un sentiment de frustration chez de nombreux artistes burkinabè qui estiment ne pas bénéficier d’un accompagnement suffisant ni d’une visibilité à la hauteur de leur talent. Pour plusieurs d’entre eux, le marché local ne valorise pas encore pleinement la création nationale, malgré la qualité des productions existantes.
Dans le même temps, plusieurs expériences ont démontré qu’il est possible de mobiliser massivement le public autour d’événements portés uniquement par des artistes locaux. Ces réussites reposent toutefois sur une organisation rigoureuse, une communication efficace et une prise de risque importante de la part des promoteurs culturels.

Pour Youssef Ouédraogo, il serait réducteur d’opposer artistes burkinabè et artistes étrangers. Le véritable enjeu réside plutôt dans la construction progressive d’une industrie musicale structurée, capable de concilier créativité artistique, viabilité économique et compétitivité régionale.
Cette structuration passe nécessairement par une meilleure organisation des acteurs du secteur, un renforcement du rôle des médias culturels, une politique plus soutenue de financement, ainsi qu’une valorisation accrue des œuvres locales dans les espaces de diffusion.
En définitive, la polémique autour des propos de Donsharp de Batoro dépasse le simple cadre d’une controverse individuelle. Elle révèle les défis profonds d’un secteur en mutation et pose la question centrale de l’avenir du showbiz burkinabè dans un environnement culturel mondialisé.
✍️ Par Parfait Fabrice SAWADOGO
Journaliste Culturel – Infos Culture du Faso



