sam 24 janvier 2026

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L’alliance à plaisanterie : un langage du rire qui préserve la paix au Burkina Faso

Dans un monde où les tensions identitaires et les conflits communautaires menacent souvent la stabilité, le Burkina Faso conserve un outil social étonnamment efficace : l’alliance à plaisanterie. Ce mécanisme ancestral, fondé sur des liens de taquineries codifiées, transforme les différences en sources de rapprochement. Bien plus qu’une simple tradition, il s’agit d’une véritable institution sociale.

Des racines profondes et diversifiées

Ces pactes trouvent leurs origines dans trois grands types de contextes :

Les fondements mythiques : comme l’alliance entre forgerons et Yonyonsé chez les Mossis, souvent liée à des récits d’ancêtres communs ou d’entraide légendaire.

Les solidarités économiques : lorsque deux communautés ont longtemps collaboré, par exemple pour le travail des champs ou le commerce.

Les réconciliations historiques : d’anciens adversaires qui, après des conflits, transforment leur rivalité en amitié ritualisée, à l’image de Manga et Sanmatenga.

Une carte culturelle du Burkina Faso

L’alliance à plaisanterie tisse un réseau complexe sur tout le territoire national. Entre communautés, certaines relations sont particulièrement connues :

Mossi ↔ Samo

Yadéga ↔ Gourmantché

Gourmantché ↔ Tamasheq

Dogon ↔ Kouroumba

Forgerons ↔ Yonyonsé

Peulh ↔ Yarga

Bwaba/Bobo ↔ Peulh

Sénoufo ↔ Marka

Gourounsi ↔ Bissa

Grande famille Sénoufo ↔ Grande famille Lobi-Dagara

À ces liens ethniques s’ajoutent des alliances propres à certaines localités :

Yako ↔ Nanoro

Sourgoubila ↔ Niou

Manga ↔ Saponé

Namentenga ↔ Mané

Zorgho ↔ Koupéla

Louda ↔ Pikoutenga

Guirgo ↔ Manga
… et bien d’autres, souvent connues seulement des habitants.

Une fonction sociale irremplaçable

Les échanges entre alliés à plaisanterie peuvent paraître moqueurs, voire impertinents : on s’accuse de voler des poules, de manger avec excès ou d’être paresseux. Mais sous cette apparence ludique se cache un code strict.

Cette pratique joue un rôle clé dans la prévention et la résolution des conflits. Dans certains villages, elle est activement mobilisée lors de médiations, car l’humour permet d’apaiser la tension et de rouvrir le dialogue.

Les forgerons chez l’Emir peulh de Bobo.

Un patrimoine vivant en mutation

Si l’alliance à plaisanterie reste vivante, elle est aujourd’hui confrontée aux mutations sociales et à l’urbanisation. Les jeunes citadins la pratiquent parfois moins, ou seulement lors de cérémonies traditionnelles. Toutefois, dans certaines zones, elle s’adapte aux nouvelles réalités, s’exprimant sur les réseaux sociaux ou dans des sketchs humoristiques.

L’alliance à plaisanterie n’est pas seulement une curiosité culturelle, c’est un langage de paix qui a traversé les siècles. Dans un monde où les divisions peuvent se creuser rapidement, elle rappelle que l’humour partagé peut être une arme douce mais puissante pour désamorcer les tensions, renforcer les liens et célébrer la diversité. Préserver cette tradition, c’est investir dans un héritage qui prouve qu’au Burkina Faso, la fraternité peut se dire… en éclats de rire.

Parfait Fabrice SAWADOGO
Journaliste Culturel – Infos Culture du Faso

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