Le monde du cinéma burkinabè a vibré, ce jeudi 11 septembre 2025, à Ouagadougou, au rythme de l’émotion et de la reconnaissance. Le réalisateur Serge Armel Sawadogo, auteur du série : « Une femme à Kosyam », a tenu à rendre un hommage appuyé à une figure majeure du 7ᵉ art national, Sékou Ouédraogo, premier directeur de la photographie du Burkina Faso et témoin privilégié de l’évolution du cinéma africain.

Un geste symbolique et fort de sens
Lors de la cérémonie, en présence de plusieurs acteurs et professionnels du cinéma, Serge Armel Sawadogo a offert du matériel symbolique, dont une chaise personnalisée dédiée au doyen. Pour le réalisateur, ce geste ne relève pas seulement de l’amitié ou de la reconnaissance personnelle, mais d’un principe universel : « On bâtit toujours sur le travail des anciens. Si l’on ne prend pas le temps de reconnaître ceux qui ont posé les premières pierres, alors on bâtit sur du vide. C’est pourquoi il nous a semblé essentiel d’honorer un pionnier comme Sékou Ouédraogo, qui a cheminé avec feu Issaka Thiombiano. Aujourd’hui, il est encore là, à 87 ans, et c’est maintenant qu’il faut l’honorer », a-t-il confié.
Ce discours a donné à la cérémonie une dimension spirituelle et philosophique. Pour Serge Armel Sawadogo, rendre hommage aux aînés est une loi de vie : « Si tu n’honores pas ceux qui t’ont précédé, tu risques de répéter leurs erreurs. Reconnaître les anciens, c’est s’ouvrir à leur sagesse », a-t-il souligné.

L’émotion d’un homme de lumière
Recevant sa chaise personnalisée, Sékou Ouédraogo s’est montré profondément touché par ce témoignage d’affection et de respect. Dans sa brève intervention, il a exprimé sa gratitude envers son « fils » Serge Armel, ses pairs et tous ceux qui ont rendu possible cet hommage.

« Véritable bibliothèque du cinéma et de l’audiovisuel au Burkina Faso », comme l’ont décrit ses proches, l’octogénaire demeure encore un guide attentif pour les jeunes générations, partageant conseils techniques et orientations humaines.
Connu pour son humilité, il a rappelé l’importance du métier de directeur de la photographie, qu’il définit comme « l’architecte de la lumière ». Pour lui, cette fonction dépasse la technique et consiste à recréer l’atmosphère d’un film, à traduire l’esprit d’un scénario à travers la lumière, les effets et les choix visuels.

Un regard lucide sur le cinéma actuel
Malgré l’émotion, le doyen n’a pas hésité à poser un regard critique sur l’état du cinéma burkinabè. Selon lui, la vitalité créative ne suffit pas si les œuvres ne trouvent pas leur public : « 80 % de nos films sont destinés aux festivals et ne sont pas vus en Afrique, alors qu’ils devraient d’abord parler à nos populations », a-t-il regretté.
Pour lui, la solution passe par une meilleure collaboration entre cinéastes africains afin d’élargir la diffusion et de donner une véritable portée continentale aux productions.

Témoignages d’un héritage vivant
Les hommages à Sékou Ouédraogo ont fusé tout au long de la cérémonie. Gaston Kaboré, réalisateur et compagnon de route du doyen, a salué son rôle de mentor : « À 87 ans, il reste disponible, toujours prêt à donner son avis technique et humain. Son influence dépasse les plateaux de tournage », a-t-il déclaré. Pour lui, si tant de voix se sont élevées pour saluer le doyen, c’est bien parce qu’il a servi de guide et de référence à toute une génération de cinéastes.

Des souvenirs fondateurs
Revenant sur son parcours, Sékou Ouédraogo a replongé dans l’histoire du cinéma burkinabè et les débuts du FESPACO. À l’époque, tout commença modestement avec une « section cinéma » de trois techniciens chargés de tourner les films, pendant qu’une autre équipe assurait les projections. Les premières réalisations, a-t-il confié, furent possibles grâce à une coproduction équilibrée : « Les Français payaient la moitié, et nous aussi la moitié ».
Tout au long de sa carrière, il a marqué de son empreinte des films documentaires, éducatifs et de sensibilisation, en particulier dans les domaines de l’agriculture et de la santé. Il a aussi collaboré avec des sociétés privées de production et fut l’un des piliers de ZAMA Publicité, agence incontournable des années 1980 et 1990.

Une mémoire à préserver
À travers ce geste de reconnaissance, Serge Armel Sawadogo n’a pas seulement honoré un homme, mais rappelé l’importance de préserver la mémoire du cinéma burkinabè. Sékou Ouédraogo, par son parcours, incarne ce lien précieux entre le passé et l’avenir du 7ᵉ art. Toujours debout malgré le poids des ans, il reste une source d’inspiration et un repère pour les générations montantes.
✍️ Parfait Fabrice SAWADOGO
Journaliste Culturel – Infos Culture Du Faso






Simplement Whaouu 🫶. Des initiatives pareilles sont également louables en ce qu’elles montrent le chemin à la nouvelle génération. Merci à mon professeur et aîné Mr Sawadogo à qui je réserve un respect et une considération secrète dans mon cœur. Par ailleurs je pensais qu’une femme à Kosyam est plutôt une série qu’un long métrage. Que Dieu donne longue vie aux doyens.
Merci pour la remarque 🙏. Effectivement, Une femme à Kosyam est une série et non un long métrage. L’article a été corrigé. Merci encore pour la vigilance ! Joli vendredi à tous et à toutes