De son vrai nom Dabré Harouna, Dabross, slameur burkinabè, a marqué l’histoire avec son recueil « Gulbo », premier ouvrage de slam en langue mooré. Cette publication valorise la culture et la langue nationale, ouvrant la voie à une nouvelle génération de créateurs. L’œuvre a été officiellement présentée le mardi 23 décembre 2025 au Musée National du Burkina Faso, lors d’une conférence de presse suivie d’une séance de dédicace.

Gulbo, qui signifie « écrire » en mooré, symbolise la démarche artistique de l’auteur, qui choisit de fixer par l’écrit une parole jusque-là portée principalement par la scène. « Aujourd’hui, je dédicace ma première œuvre littéraire intitulée Gulbo, en langue mooré, qui veut dire écrire ou encore écriture », a affirmé Dabross. L’artiste poursuit : « Il faut dire que c’est ça qui m’a inspiré à écrire ce texte Gulbo. Je ne parle pas d’abord de l’œuvre, je parle du texte Gulbo, qui est sur trois pages du livre, de 31 à 33. C’est comme un résumé de nos forces, de nos faiblesses en tant qu’écrivain, en tant qu’auteur, en tant qu’artiste, en tant que citoyen, en tant qu’autorité. C’est vraiment un résumé du tout. Donc Gulbo, si tu lis le texte Gulbo, tu as lu le livre Gulbo ».

Composé de 18 textes répartis sur 76 pages, le recueil est à la fois poétique, engagé et profondément ancré dans les réalités sociales du Burkina Faso. « C’est 20 années de travail pratiquement, parce qu’il y a des textes qui n’ont jamais été déclamés sur scène, des textes issus d’albums et d’autres qui existaient seulement en vidéo », a précisé Dabross. Les textes abordent des thématiques fortes : identité culturelle, cohésion sociale, gouvernance, éducation, citoyenneté, mémoire collective et engagement patriotique. L’écriture, accessible et imagée, s’appuie sur les proverbes, l’humour populaire et les récits issus de la tradition moaga pour interroger les défis contemporains.

Plusieurs textes se distinguent par leur portée symbolique. Kabsgo met en lumière la sagesse ancestrale et appelle à une articulation harmonieuse entre tradition et modernité. Burkimba défend une vision inclusive de l’identité nationale, dépassant les appartenances ethniques et régionales. Naag Taaba interroge la responsabilité collective face aux dérives de la gouvernance, tandis que Ya Bamba propose une lecture engagée de l’hymne national et rend hommage aux forces combattantes. Le texte éponyme Gulbo occupe une place centrale comme manifeste artistique et miroir de la société : « Nos œuvres ne sont que le miroir de la société ».

Dabross insiste sur la dimension pédagogique et patrimoniale de son ouvrage : « À la sortie, ce dont moi j’attends, c’est vraiment… amener les gens à vraiment… en termes d’objectifs, c’est beaucoup plus pour laisser un héritage. Pour permettre aux jeunes, souvent, qui nous approchent, pour dire qu’ils veulent apprendre, pour qu’ils aient quelque chose… Il est également essentiel de créer du contenu littéraire dans nos langues locales ».

Artiste phare du slam burkinabè depuis près de vingt ans, Dabross a été lauréat du titre de Meilleur slameur aux premiers Trophées du Rap en 2021 et décoré Chevalier de l’Ordre du Mérite burkinabè en décembre 2024. Son parcours est marqué par un engagement constant en faveur des populations vulnérables, notamment via le concept « Noloti Zenné ».

Le recueil, disponible au prix de 3 000 francs CFA, est mis en vente devant l’Institut Goethe et l’Institut Agumon, et sa dédicace s’est tenue sous le parrainage de Dr Yacouba Dabo et Sidiki Yougbaré. Gulbo s’impose ainsi comme une œuvre de référence, reflet d’un slam enraciné dans la tradition, conscient de son époque et résolument tourné vers l’avenir, démontrant que les langues nationales peuvent porter des œuvres contemporaines ambitieuses et engagées.
✍️ Parfait SAWADOGO
Journaliste Culturel – Infos Culture du Faso





