Le mardi 25 novembre 2025, une équipe d’Infos Culture du Faso a sillonné la Rue Marchande du site des Nuits Atypiques de Koudougou (NAK). Cette immersion a permis de vivre de près l’ambiance, la créativité et les réalités quotidiennes des exposants venus de plusieurs localités du Burkina Faso. Entre savoir-faire artisanal, contraintes logistiques et attentes fortes envers les organisateurs, les témoignages recueillis dressent un portrait fidèle d’un espace culturel aussi riche que perfectible.

L’un des premiers exposants rencontrés est Zakaria Zongo, président de l’Association des Personnes Vivant avec un Handicap de Sabou. Avec passion, il explique l’importance de bien comprendre leur positionnement : « Nous sommes des artisans » insiste-t-il, avant de faire une distinction claire entre artisan et artiste. Pour lui, l’artisan est celui qui crée et expose plusieurs objets destinés à la vente, tandis que l’artiste réalise une œuvre unique qui peut être vendue ou simplement offerte.

Son stand est un véritable reflet de cette diversité artisanale. On y retrouve des bracelets naturels, des colliers, des chapeaux de Saponé, des sacs et bien d’autres éléments confectionnés avec soin. Il présente notamment les perles naturelles, comme l’œil de tigre et l’hématite, dont la popularité repose sur leurs vertus spirituelles. Selon lui, ces pierres absorbent les énergies négatives pour protéger leur porteur des influences néfastes de la foule ou de l’environnement.

Zakaria Zongo insiste aussi sur l’importance de purifier ces perles depuis longtemps utilisées comme objets énergétiques. La purification se fait au sel gemme, un sel naturel souvent méconnu du public. Le bracelet doit être posé sur ce sel afin que celui-ci absorbe les énergies accumulées. Mais au-delà de leur usage, l’artisan regrette une méconnaissance générale du public sur les diamètres des perles (4, 6, 8, 10, 12, 16), qui influencent pourtant directement les prix. Cette confusion crée des incompréhensions chez les acheteurs et complique les ventes.

Plus loin, la Rue Marchande nous conduit au stand d’Abou Hanifa Konaté, commerçant de tenues traditionnelles Burkina–Ghana et habitué des NAK depuis une décennie. Son expérience lui permet de porter un regard avisé sur l’organisation. Il reconnaît d’abord quelques avancées, notamment une meilleure gestion des dates. Mais il n’hésite pas à exprimer ses frustrations concernant l’augmentation régulière du prix des stands 60 000 FCFA il y a quelques années, 65 000, puis 75 000 FCFA en 2025 sans amélioration notable du cadre d’exposition.
L’un des problèmes majeurs qu’il évoque est la poussière qui envahit le site. Pour maintenir un minimum de confort, les exposants doivent eux-mêmes acheter de l’eau pour arroser leur espace. « Même le ventilateur, on le braque juste pour chasser la poussière », déplore-t-il.

Konaté appelle également à une meilleure organisation de la Rue Marchande. Selon lui, les expositions d’arts devraient être séparées des autres types de stands afin de permettre une visite claire et fluide. Actuellement, les visiteurs tournent longuement avant de trouver ce qu’ils cherchent. Ses tenues traditionnelles, cousues et façonnées entièrement à la main, sont proposées à des prix qui varient entre 10 000 et 40 000 FCFA, selon les modèles et le travail fourni.

Cette immersion au cœur des NAK a révélé l’engagement sincère des exposants, leur créativité et leur volonté de contribuer à la valorisation de la culture burkinabè. Cependant, leurs préoccupations montrent également la nécessité pour les organisateurs d’apporter des améliorations concrètes afin de renforcer la qualité de la Rue Marchande, un espace vital pour les artisans et visiteurs.
Propos recueillis par Parfait Fabrice SAWADOGO
Journaliste culturel – Infos Culture du Faso





