Dans plusieurs régions du Burkina Faso, notamment à l’Ouest et au Sud-Ouest, les Dozos demeurent des figures incontournables. Confrérie ancestrale de chasseurs, ils sont à la fois protecteurs de la nature, détenteurs d’un savoir mystique et acteurs sociaux respectés. Leur présence rappelle que la tradition n’est pas un vestige, mais une force toujours vivante.

Une confrérie profondément enracinée
Au Burkina Faso, les Dozos sont principalement présents dans les zones frontalières avec la Côte d’Ivoire et le Mali, territoires où la chasse et la forêt occupent une place centrale dans la vie communautaire. Leur origine remonte à des temps anciens, bien avant la création de l’État moderne.
L’initiation Dozo est rigoureuse : elle se fait en brousse et peut durer plusieurs années. Le candidat apprend la chasse, mais aussi la connaissance des plantes, la maîtrise des esprits et un code de conduite strict. Ce n’est pas seulement une formation technique : c’est une école de vie où discipline, respect et courage sont essentiels.

Protecteurs de la nature et guérisseurs
Les Dozos burkinabè sont connus pour leur rôle de gardiens de l’environnement. Ils veillent à limiter les feux de brousse, à surveiller la coupe abusive du bois et à maintenir un équilibre entre l’homme et la faune sauvage. Leur savoir médicinal, hérité de leurs ancêtres, est encore très recherché : ils connaissent les vertus de nombreuses plantes et proposent des remèdes là où la médecine moderne peine parfois à atteindre les populations rurales.
Leur réputation mystique invulnérabilité, protection contre les armes, pouvoir de métamorphose les rend respectés, mais aussi craints. Ils sont perçus comme des hommes liés à des forces invisibles, capables de naviguer entre le monde physique et le monde spirituel.

Une autorité sociale dans les villages
Dans plusieurs localités du Burkina Faso, les Dozos jouent encore un rôle sécuritaire et social. Ils aident à protéger les villages contre les animaux dangereux, mais aussi contre des menaces humaines. Leur parole est écoutée, car ils incarnent l’ordre, la justice et le respect des traditions.
Ils collaborent généralement avec les chefs coutumiers et les autorités locales, sans chercher à remplacer l’État, mais en complétant son action, surtout dans les zones rurales où la présence administrative reste limitée.

Un patrimoine culturel vivant
La culture Dozo au Burkina Faso ne se limite pas à la chasse. Elle s’exprime aussi dans l’art et la spiritualité. Les chants des griots Dozos, accompagnés du ngoni (harpe traditionnelle), des tambours et des castagnettes métalliques, retracent les exploits des chasseurs et les valeurs de la confrérie.
Les danses Dozos, souvent spectaculaires, imitent les animaux de la forêt : le buffle, l’éléphant, la panthère… mais ces pas ne sont exécutés que par ceux qui ont réellement affronté et vaincu ces bêtes. Lors des funérailles et des cérémonies, les masques Dozos, souvent en forme d’animaux et recouverts de coton, renforcent le lien avec les ancêtres et le monde invisible.

Un héritage burkinabè à préserver
Les Dozos du Burkina Faso incarnent une mémoire vivante et une identité culturelle forte. Leur savoir, transmis de génération en génération, dépasse la simple chasse pour devenir une philosophie de vie basée sur l’équilibre entre l’homme, la nature et l’esprit.
Aujourd’hui, leur rôle reste essentiel, surtout dans un monde où la modernité tend à effacer certaines pratiques traditionnelles. Préserver et valoriser la confrérie Dozo, c’est non seulement honorer l’histoire, mais aussi protéger un patrimoine immatériel qui continue d’inspirer respect et fascination.
✍️ Parfait Fabrice SAWADOGO
Journaliste Culturel – Infos Culture du Faso





