sam 24 janvier 2026

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Le Kalma : quand la danse de rue devient patrimoine national burkinabè

Née dans les quartiers populaires de Ouagadougou à la fin des années 1980, la danse Kalma s’est imposée comme un symbole d’expression urbaine et d’identité culturelle au Burkina Faso. Longtemps menacée de disparition, elle connaît aujourd’hui une consécration officielle, offrant un nouvel élan à cet art populaire capable de séduire les scènes nationales et internationales.

Née dans les quartiers populaires de Ouagadougou à la fin des années 1980, la danse Kalma s’est imposée comme un symbole d’expression libre et d’identité urbaine au Burkina Faso. Première danse urbaine du pays, elle est aujourd’hui inscrite au patrimoine culturel immatériel depuis septembre 2023, puis officialisée par le ministère burkinabè de la Culture en février 2024. Cette consécration marque un tournant dans l’histoire de cet art populaire, longtemps menacé de disparition et désormais porté par des passionnés décidés à le faire rayonner.

En 1988, dans une Ouagadougou imprégnée des tendances musicales congolaises de l’époque (Zaïko, Soukouss, Mayebo), émerge une danse singulière. Inspiré du mélange de pas issus des danses traditionnelles burkinabè, le Kalma se distingue par ses mouvements de pieds vifs, parfois acrobatiques, empreints d’émotions et de séduction. À défaut de musique dédiée, les danseurs adaptent leur art sur des rythmes congolais ou improvisés, animant ainsi les soirées, les bars dancing notamment le célèbre Bar M’Niffou à Cissin et les cours d’école.

Maréchal Bidoul / Dieu du Kalma

Très vite, le Kalma devient une arène où s’affrontent huit figures légendaires, surnommées les « Dieux » du Kalma : Feu Soum Polo, Le Grand Djo Ballar, Feu Grand Kassa (devenu l’Amiral Grand Kassa), Le Grand Papa Zaïko (Hamed Smani), Le Capitaine Bidoul (devenu Maréchal Bidoul), Feu Grand Lengué Lengué, Feu Capitaine Zarko et Jean Baron (Anass Baron). Chacun crée son “écurie”, formant une génération de danseurs juniors qui perpétuent et personnalisent le style de leur mentor. Autour de ces pionniers gravitent d’autres talents, appelés « Seigneurs », qui contribueront eux aussi à faire briller la discipline sur toutes les scènes du pays.

Bintou Boua alias Bintou la Tueuse une des premières danseuses du Kalma

En 1991, le promoteur Démé Sylvain Mozac, de retour de Côte d’Ivoire, programme les « Dieux » du Kalma à la Maison du Peuple. C’est un triomphe. Les promoteurs Lamine Wala, Cognim et Empereur Hamidou emboîtent le pas, multipliant les spectacles à guichets fermés. La fièvre gagne tout le pays, jusqu’aux campagnes. La maison de production Bazar Music immortalise l’époque sur des cassettes vidéo, contribuant à populariser la danse à l’échelle nationale. Durant toute la décennie 1990, le Kalma devient la principale tendance artistique capable de remplir toutes les salles de spectacle.

PETIT LOKO (Champion National )

L’an 2000 marque le début du recul. L’arrivée de nouveaux médias, la montée en puissance de la musique burkinabè moderne et l’invasion de styles étrangers éclipsent peu à peu le Kalma, perçu comme une “ancienne danse”. Les promoteurs privilégient des spectacles musicaux plus rentables, tandis que les danseurs se replient sur les zones rurales, elles-mêmes touchées par l’influence urbaine.

C’est dans ce contexte que la structure Sud Emblèmes se mobilise dès 2017 pour sauver le Kalma. En 2019, elle lance le Championnat National du Kalma (CNK), offrant un cadre annuel de compétition et de transmission. Un appel national est lancé aux artistes pour créer des musiques adaptées (Lasso Burkindi, Sabil, Agozo, Miss Maya, Chevalier Am’s, Moustaph Foulga, Sodia, Yamgouda), intégrer le Kalma dans leurs clips (Frère Malkom, Imilo Lechanceux, Sabil) ou le programmer dans leurs émissions (Mascotte Joseph Tapsoba sur RTB, L’Homme de Savane sur BF1, Serge Hobama sur “Télésamuse”).

Le nom Kalma, adopté officiellement en 2016 à l’initiative d’Aboudou Dabo après concertation avec les grands ténors, vient du mooré kalm karsé (“mélanger les pieds”) et, en français, évoque aussi l’idée de “calmant” ou détente.

Maréchal Bidoul (Dieu du Kalma) et le nouveau prodige du Kalma BOSTON JUNIOR

Le Kalma se pratique sous trois formes : animation-démonstration, dans les événements familiaux et festifs, avec un enchaînement libre de pas et de phases pour impressionner ; chorégraphique, conçue pour les scènes professionnelles par des danseurs-chorégraphes ; musicale, avec des compositions spécifiques destinées à la danse. Son caractère inclusif pratiqué par hommes, femmes, valides ou handicapés et son enracinement dans les traditions locales tout en s’adaptant aux scènes modernes font de lui un art à la fois patrimonial et évolutif.

Feu Capitaine Zarko (Dieu du Kalma)

L’inscription du Kalma au patrimoine national ouvre la voie à des projets de tournées, d’échanges internationaux, de documentaires et de créations musicales capables de conquérir les scènes mondiales. Au-delà de la danse, c’est un symbole d’unité, de créativité et de fierté burkinabè qui renaît, avec un potentiel économique certain pour l’industrie culturelle.

Jean Baron (Dieu du Kalma) et le Général Mille Phases (Seigneur du Kalma)

Le Kalma n’est plus seulement un héritage des rues de Ouagadougou : il est désormais un patrimoine à transmettre, à moderniser et à partager avec le monde.

Parfait Fabrice SAWADOGO
Journaliste Culturel – Infos Culture Du Faso

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