Au sud du Burkina Faso s’étend la province du Nahouri, berceau de la Révolution d’août 1983 de Thomas Sankara et terre des Kassena-Nankana (composants du groupe Gourounsi). Cette province, riche d’histoire et de diversité, se distingue par ses traditions vivaces et ses paysages authentiques. Entre patrimoine culturel unique et potentiel touristique affirmé, le Nahouri incarne un pan essentiel de l’identité burkinabè.

Bien avant l’arrivée des colonisateurs, les communautés locales vivaient sous l’autorité de chefferies indépendantes. Les villages reposaient sur des structures claniques solides, avec une forte cohésion sociale fondée sur les liens familiaux et les alliances tribales. L’agriculture de subsistance rythmait le quotidien.
À la fin du XIXe siècle, lorsque la Haute-Volta fut intégrée à l’empire colonial français, les habitants du Nahouri opposèrent une résistance farouche à cette domination. Leur participation active aux mouvements de contestation demeure gravée dans la mémoire collective comme un symbole d’esprit de liberté.
Après l’indépendance en 1960, la province a su conjuguer fidélité à ses valeurs et ouverture aux évolutions contemporaines. Ce subtil équilibre entre tradition et modernité constitue aujourd’hui l’une de ses plus grandes forces.

Un patrimoine culturel vivant
Le Nahouri est avant tout un conservatoire de formes artistiques ancestrales. Les célèbres peintures murales de Tiébélé, réalisées par les femmes selon des techniques traditionnelles, en sont l’un des joyaux. La cour royale de Tiébélé, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, attire chaque année des visiteurs venus admirer ses fresques géométriques où chaque motif et chaque couleur portent une signification.
Les langues parlées dans la province reflètent également cette richesse culturelle : le Kassena (dans les communes de Guiaro, Pô et Tiébélé) et le Nankana (dans les communes de Zecco, Ziou et Tiébélé) demeurent largement pratiquées, perpétuant la transmission des savoirs.

La province est aussi habitée par les Mossi, Peulh et d’autres communautés, qui cohabitent dans une harmonie culturelle forte, enrichissant davantage la mosaïque sociale du Nahouri.
La musique traditionnelle, toujours vivante, s’exprime à travers des instruments emblématiques tels que le Koara (bendre), le Goulou (tam-tam), le Gongonga (longa), le Kologo (guitare traditionnelle) ou encore le Wii (flûte). Ces sonorités accompagnent fêtes populaires, cérémonies coutumières et rituels.

Un potentiel touristique diversifié
Le Nahouri ne se résume pas à Tiébélé. Parmi les incontournables figurent le Pic Nahouri, la Case de Benger de Tiakane, le parc national Kaboré Tambi, ou encore le village frontalier de Dakola.
La province vibre aussi au rythme de nombreuses manifestations culturelles et sportives : le Festival Tiébélé Guigana, la Biennale de la culture et des arts du Nahouri, les fêtes coutumières de Sa Majesté le Pô Pè, de Sa Majesté Guiaro Pè et de Sa Majesté Naaba Belem Z’iire de Zecco. S’y ajoutent des événements ouverts au dialogue interculturel comme Week-ends Parti, Les Retrouvailles du Nahouri ou Wopolo Kwera de Tiébélé, ainsi que des rendez-vous sportifs et touristiques tels qu’Altitude Nahouri et l’Excursion du Pic Nahouri.

Entre défis et espoir
Comme nombre de zones rurales, la province du Nahouri est confrontée à la pauvreté, au manque d’infrastructures et aux effets du changement climatique. Mais des initiatives communautaires, portées par des associations, des chefs coutumiers et une jeunesse engagée, œuvrent à préserver et promouvoir ce patrimoine.

Le Nahouri est bien plus qu’une simple province du Burkina Faso : c’est un véritable creuset où se mêlent histoire, culture et nature. La coexistence harmonieuse entre les Kassena-Nankana, Mossi, Peulh et autres communautés en fait une terre d’accueil et de richesse humaine. En valorisant ses traditions ancestrales tout en embrassant les défis du présent, le Nahouri montre la voie d’un développement respectueux et durable, porteur d’espoir pour les générations à venir. Découvrir le Nahouri, c’est s’ouvrir à un Burkina Faso authentique, vibrant et en constante renaissance.
Parfait Fabrice SAWADOGO
Journaliste Culturel – Infos Culture du Faso





